Aquatek à La Réunion ?

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Remise en contexte rapide.

Dans le cadre de la crise requin que subit La Réunion depuis plus de 3 ans maintenant, l’état s’est exprimé en juillet 2013 en faisant part d’un « plan d’action » décliné comme suit :

– La prévention opérationnelle par le recours à des technologies innovantes (capteur de turbidité, sonars embarqués….) et l’étude des évolutions à apporter à la réglementation relative à la baignade et aux activités nautiques ;
– L’évaluation du dispositif vigie-requin et la professionnalisation des agents assurant cette mission ;
– L’amélioration de la connaissance par la production d’études complémentaires sur la quantification des requins et sur l’évolution des pratiques des usagers de la mer ;
– La gestion raisonnée des stocks en lien avec la Réserve naturelle marine ;
– La mise en place d’un observatoire du risque requins : collecte de données, tenue de statistiques, mise en œuvre de la charte de bonnes pratiques, appui des démarches de valorisation (éco-tourisme, projets innovants dans le domaine de la sécurité et la prévention), développement de l’information et de la communication autour de la gestion du risque requin…

La Région Réunion avait de son coté lancé un appel d’offres sur le premier volet (technologies innovantes). Elle proposait par cette voie de financer en partie les installations de dispositifs innovants par les communes. Nous avons rencontré au cours des mois différents porteurs de projets ayant répondu à cet appel d’offres.
Aucun n’avait testé son dispositif in situ et cela était compliqué de pouvoir les présenter comme constituant de véritables solutions.

Parmi ceux qui avaient présenté un planning de tests en conditions réelles sur différentes espèces de requins, seul le systeme d’Aquatek a pour l’heure présenté quelques premiers résultats sur les requins qui nous intéressent (blanc, tigre et bouledogue) positifs dans l’ensemble. C’est uniquement pour cette raison que nous avons décidé de proposer une rencontre autour de leur système avec les publics concernés. Cette rencontre eu lieu mercredi 12 mars, et en voici un compte rendu.

Tout d’abord, nous remercions l’Étang Salé Surf et Skate Club d’avoir mis ses locaux à disposition pour l’occasion. Nous remercions également les associations d’usagers OPR, PRR et PNE d’avoir été présentes ou représentées à cette rencontre. Cela a permis au porteur de projet de prendre pleinement connaissance de la problématique terrain, notamment au niveau politique. La Ligue de Surf était également présente. Les représentants de la commune de l’Etang Salé sont passés en début de réunion pour s’excuser de ne pouvoir être présents, mais ont tenu à obtenir un compte rendu, si possible chiffré : nous leur transmettrons celui-ci, accompagné des contacts d’Aquatek pour ce qui est des chiffres.

 

En quoi consiste la technologie Aquatek ?

C’est une solution penséeWP_000701 pour être collective.
Le dispositif se présente sous forme d’une barrière créant un champ électromagnétique placé avant la formation de la vague, dans la cas d’un spot de surf. Elle est composée de portiques sous-marins reliés les uns aux autres par le bas. Le champs électromagnétique se formant entre chaque portique a une portée d’un rayon de 20m (soit 40m de diamètre à l’horizontale comme à la verticale). Les portiques sont fixés par l’intermédiaire de corps morts ou de vis d’1m50 fichés dans le sol. Ils sont séparés par une distance de 7 à 10m, l’objectif étant de ne pas laisser d’espaces que le champs électromagnétique n’atteindraient pas (près du sol par exemple, on sait que le requin bouledogue se déplace près des fonds sableux). Le dispositif électromagnétique en lui même est contenu dans la bouée située en haut de chaque portique.

En matière d’autonomie, plusieurs sources d’alimentations sont utilisées :  alimentation principale par la plage et alimentation intégrée sur les électrodes aussi appelée « no break ».
En cas de panne, le système dispose d’une batterie de secours et l’alerte est donnée au gestionnaire.

Le courant utilisé dans des espaces de baignades doit impérativement répondre à des normes d’utilisation européennes. Les unités de puissances sont normalisées par un organisme agréé « iso ».

La distance couverte est adaptable.

Par exemple, nous avons présenté le spot école dit « le simulateur » d’Etang Salé aux porteurs du projet. La distance estimée à 200m entre le dernier poteau du chenal et le coté droit de la zone de baignade pourrait être complètement fermée moyennant une trentaine de bouées.
Le passage des bateaux n’est pas gêné par ce système.

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Existe t-il un risque pour les humains qui passent à proximité, de type électrocutions ?

Non. Si on passe entre les électrodes, on peut ressentir le courant, mais il n’y a risque d’électrocution que si l’on attrape deux électrodes en même temps (qui sont séparés de plusieurs mètres). Rappelons que le courant circule là où le chemin est le plus facile : en l’occurrence l’eau salée (34 à 37 gr / eau de mer contre 0,9% dans le sang humain « NACL » ou sérum physiologique).
Par soucis de sécurité, une zone d’exclusion sera prévue avant la zone des électrodes.

Est- ce que ça marche sur les requins ?

D’après les images présentées par les porteurs de projet, la réponse est oui : ça les gène énormément. Dès qu’ils entrent dans le champs électromagnétique, la fréquence et la puissance du champs est detectée par leurs ampoules de Lorenzini et leur ligne latérale. Cela semble contracter leurs muscles d’une manière très désagréable. Pour ceux qui doivent contracter leur branchies pour y faire circuler l’eau et respirer, ça leur coupe tout simplement la respiration. Ils n’arrivent pas à rester dans la zone. Plus prosaïquement, ils se prennent une bonne châtaigne et n’ont aucune raison de rester sur une zone aussi hostile. Comme on le voit sur les vidéos, malgré l’appâtage massif lors des tests, ils déguerpissent dès que le champs est déclenché.

Un impact sur les autres espèces ?

Les observations récoltées jusqu’ici par les tests in situ montrent que les poissons ne sont pas sensibles aux déclenchements du champs électromagnétique et restent sur site. En revanche, les raies qui sont équipées des mêmes détecteurs sensoriels que les requins y sont très sensibles et sont incapables elles aussi de traverser la zone. Cela est valable également pour les requins de récifs dont le retour est souhaité.
La barrière a été présenté par les inventeurs comme devant être active en permanence, afin que les requins assimilent la zone comme définitivement hostile. Cependant, il est possible de l’activer la journée uniquement ou ponctuellement. Il n’est bien sur pas envisageable de fermer des zones entières aux quelques requins de récif ou aux raies évoluant à proximité.
les inventeurs ne disposent pas d’énormément de recul pour l’instant sur le sujet. À suivre, donc…

Étape suivante sur l’île de La Réunion.

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Des premières mesures et installations de gabarits ont eu lieu aux Roches Noires derrière la zone de baignade. La commune de St Paul doit maintenant fournir les points GPS de différentes zones à couvrir, en CONCERTATION avec les surfeurs et les MNS, selon ses dires. En fonction de ces points GPS et des « options » demandées par la mairie (démontable, distance entre les portiques, etc), la société devra fournir 3 devis différents. C’est à ce moment là que nous invitons les représentants du surf à être particulièrement vigilants, l’un des devis ne concernant que la zone baignade ! Une fois que la mairie aura choisi la zone pour les tests, dont le souhait exprimé par la mairie et par la Région est qu’ils aient lieu avant septembre 2014, ils pourront commencer.
C’est la société réunionnaise de travaux sous-marins Seanergy qui est le prestataire en charge de l’installation, de la logistique du dispositif. Cette société dispose des agréments nécessaires pour travailler dans la réserve.
La Région n’a pas manqué préciser que si les tests sont concluants (comprendre : qu’ils résistent aux conditions marines), elle soutiendra le financement pour l’ensemble des communes intéressées, et non pas uniquement pour St Paul, tout comme elle l’avait précisé dans le cadre des vigies.

 

Les questions en suspend…

Les animaux peuvent-ils développer une accoutumance ?
Seuls des tests de long terme permettront de répondre à cette question. Cependant, l’accoutumance aura plus de facilité à se développer lorsque l’on est soumis de manière régulière à la douleur sans pouvoir en réchapper. Ce n’est pas le cas de ce dispositif : une fois le désagrément ressenti, l’animal fuit. il ne reste pas délibérément sur la zone qu’il prospectait pour « s’habituer » à la douleur.

Ce genre de dispositif peut-il tenir la route sur les côtes réunionnaises ?
Les conditions de houles très fortes ont été largement évoquées par les surfeurs réunionnais à l’occasion de la présentation du dispositif. Seuls des tests in situ à La Réunion par de grosses conditions permettront de savoir si le dispositif est viable sur l’île.
Le système peut être désinstallé à l’annonce de cyclones, et l’on sait que les corps morts utilisés par la société qui aura la logistique à charge ont tenu pendant le cyclone Bejisa. Reste à définir la façon dont les conditions de petit, moyen et gros surf impacteront le dispositif.

La Réserve Marine tolèrera t-elle ce dispositif dans son périmètre ?
Elle était invitée à envoyer des représentants à la présentation du dispositif. Nous ne les y avons pas vu, mais nous savons néanmoins que les premiers tests in situ seront observés de près par des scientifiques afin de juger de l’impact sur la faune locale. Quoi qu’il en soit, tout dispositif installé dans la réserve (de la simple bouée de plongée avec corps mort à plus sophistiqués…) est soumis à un avis du conseil scientifique de cette dernière. Avis qui est transmis aux services de l’Etat, en l’occurrence la DMSOI, qui en tient compte ou non lors de sa décision. C’est la DMSOI qui valide ou non les demandes d’autorisations de ce type.

Pourra t-il évoluer vers un dispositif portatif, ponctuel ou individuel ?
Pour l’instant, non. Il faut d’abord améliorer le dispositif existant, le valider en conditions « extrêmes », et le commercialiser afin de pouvoir continuer la recherche et aller vers plus de subtilités technologiques, à un prix plus accessible au public. On est pas passé en un claquement de doigts de de l’ordinateur qui remplissait une pièce entière avec son unité centrale, à l’ordinateur portable : là c’est pareil.

Le prix ??
Difficile d’obtenir une réponse à cette question. La fourchette de prix varie selon les demandes de la commune, et il ne sera pas le même selon le nombre de plages à équiper. Cependant, nous reprenons ici avec plaisir les propos de M. Mulquin : si les tests sont concluants et que cela marche pour La Réunion, ce qui compte et ce qui nous regarde, c’est que l’État/les communes le mettent en œuvre, pas le prix que ça leur coûte. Si le système marche, peut sauver des vies, et que l’État/les communes ne le mettent pas en œuvre, là « on nous prend pour des cons ». Et il faudra se mobiliser.

 

Pour conclure et apporter des éléments sur les positions des porteurs du projet.

Aujourd’hui, le système en est au stade suivant : ses résultats sur les requins qui nous intéressent sont positifs. La répulsion a par ailleurs été validée par le CRIOBE. Il faut encore le tester sur des bouledogues en liberté.
Il faut désormais tester le dispositif en conditions réelles à La Réunion et l’adapter à la topographie des fonds, aux houles.
Ces tests doivent être également l’occasion de tester son impact sur les espèces qui ne sont pas concernées par le risque.
Les inventeurs ont bien insisté sur ce point : ce n’est pas un projet miracle qui propose une alternative à tous les autres projets en cours de tests, ou qui souhaite s’y substituer (Vigies, Cap Requin, autres projets innovants…). Ils ne le présentent pas comme LA solution, mais comme une solution parmi les autres et devant s’intégrer à la problématique en concertation avec ces autres projets.
L’avantage le plus pertinent qu’on peut lui trouver à ce point de développement, c’est d’envisager la sécurisation des zones écoles, sujettes à de petites houles, et permettre la reprise d’activité des écoles de surf de manière totalement fermée en terme de sécurisation, et de l’économie attenante. Une solution très complémentaire aux vigies, en somme.
Il a été suggéré à M. Eeckhout, porteur du projet, de rester en communication avec les associations locales, dans le cas où il constaterait des blocages au niveau institutionnel qui viendraient empêcher la mise en œuvre des tests dans un premier temps, et du dispositif s’il s’avérait viable, dans un second temps.

Nous laissons les commentaires ouverts sur cette page. Ayant développé une relation de confiance avec les porteurs de projet lors de leur présence sur l’île, nous leur transmettrons vos questions et suggestions, et nous vous tiendrons informés des évolutions du projet.

One response on “Aquatek à La Réunion ?

  1. sharkcitizen dit :

    Voici déjà quelques questions posées par Aymeric, biologiste et vice-président de Shark Citizen, à Yves Eeckhout, porteur du projet SRS.

    1) Questions d’Aymeric :
    Sur le système, rayon d’action de 20m, ça impose donc que le système soit implanté forcément dans une zone ou la profondeur est inférieure ou égale à 20m? Je ne connais pas la profondeur des spots de surf. Est ce qu’ils sont dans cette tranche là?

    Réponse d’Yves Eeckhout :
    Oui, la profondeur moyenne d’une zone de surf est entre (1 et 10 mètres de profondeur) Donc 5 mètres en moyenne… Mais rappelons que l’idée est de se placer avant la vague. Donc, entre 5 et 10 mètres. Nous pouvons, mais n’avons aucun intérêt à placer le système dans + de 10 mètres. La portée efficace de répulsion commence à +- 20 mètres et devient insupportable pour l’animal si il persiste à s’approcher.
    Nous allons continuer nos tests et voulons améliorer et agrandir d’avantage l’effet d’action.

    2) Questions d’Aymeric :
    Il y a t’il eu des échecs dans les essais ou 100% de succès avec toutes les espèces téstées?

    Réponse d’Yves Eeckhout :
    Les requins et raies réagissent tous sans exception avec même de meilleurs réactions sur les grosses espèces qui semblent êtres encore mieux équipées en capteurs de Lorenzini…? En tout cas, sur de plus grandes surfaces (lignes latérales). La taille du requin est également une faiblesse pour lui car il interfère dans la polarité entre les électrodes et donc, en souffre d’avantage.

    3) Question d’Aymeric :
    Peut on avoir accès au rapport scientifique qu’il mentionne sur la première photo de l’article?

    Réponse d’Yves Eeckhout :
    Oui, il est disponible et a été réalisé par le CRIOBE Moorea, mais UNIQUEMENT sur les tests comparatifs entre les moyens innovants de protection de la nacre. C’est à dire que les tests du rapport concernent les raies. Nous avons décidé de laisser la mention ( rapport scientifique ) partant du principe qu’il s’agit des ampoules de Lorenzini sur les animaux électrosensibles . Mais, les prochains folders seront corrigés dans ce sens et le mentionneront.
    Précisons qu’une réelle volonté et mobilisation de subsides est prévue afin d’étudier et de continuer la recherche scientifique.

    4) Question d’Aymeric :
    Le requin traumatisé s’en remet t’il rapidement ? Y a t’il eu des suivis de certains ? La contraction des muscles respiratoires n’est que temporaire ?

    Réponse d’Yves Eeckhout :
    Oui, les requins traumatisés reviennent une fois le courant coupé et sous stimulation alimentaire uniquement. La contraction des muscles respiratoires est uniquement présente à l’intérieur du champ.

    5) Questions d’Aymeric :
    Est ce que cela ne se rapproche pas du shark shield? Dans ce cas, je crois qu’il y a déja eu des accidents avec le shark shield ou du moins des inefficacités. Quelle est la différence avec ce système et ne peut on pas attendre des mêmes cas d’accidents ou non efficacité?

    Réponse d’Yves Eeckhout :
    Le courant dans l’eau reste du courant, sauf que la répartition de celui ci n’est pas du tout identique. Les puissances et distributions n’ont rien avoir avec le petit appareil individuel comme le « sharkshield »