Un massacre de requins labellisé MSC ?

Requins débarqués illégalement sans leurs aielrons. 

Photo prise par un anonyme sur le port de Horta aux Açores.

Source : Azores Shark Sanctuary

Communiqué de presse du 23 juin 2015

UN MASSACRE DE REQUINS… LABELLISÉ ?

Des pratiques de pêches illégales et non durables avérées de la part de flottes susceptibles d’obtenir une certification MSC !

 

 

 

Le label Marine Stewardship Council (MSC) étudie actuellement la labellisation de 40 palangriers espagnols ciblant le requin peau bleu. Cette demande a été déposée fin 2014 à travers la CEPESCA (Confédération espagnole de pêche) et ORPAGU (une organisation de producteurs).
(Lire notre dossier : Démarche contre la labellisation de pêcheries de requins bleus.)

Ces deux organisations possèdent une flotte de navires de pêches rattachés au Port de Vigo. Elles représentent la principale force de pêche au requin en Espagne, pays premier importateur européen d’ailerons vers l’Asie, et troisième pécheur mondial de requins.

 

Cette labellisation, qui répond plus à une logique économique qu’à une logique environnementale, impactera lourdement les populations de requin bleu, une espèce que des dizaines d’études scientifiques désignent comme menacée dans l’Atlantique.

 

 

Rappelons qui sont la CEPESCA et ORPAGU.

La loi contre le finning adopté par l’UE en 2012 nuit à la compétitivité des espagnols sur le marché mondial de l’aileron de requin. Entre 2012 et 2014, ces pêcheries ont insisté pour que l’ICCAT étende cette réglementation aux navires chinois, japonais, et coréens, principaux concurrents présents dans l’Atlantique (reconnaissant implicitement l’intensive pratique du finning dans la zone). L’occasion pour eux de demander à ce que la pêche au requin fasse l’objet de certifications, afin que seules les flottes certifiées puissent être compétitives sur le marché mondial.
Cette demande de labellisation, soyons clairs, n’est en rien garante d’une pêche durable des requins : mais elle garantit aux pêcheries espagnoles une position dominante sur le marché de l’aileron et des autres produits issus du requin.

 

En effet, la loi obligeant à conserver les corps, incite à valoriser les carcasses. Les pêcheries se renforcent donc sur d’autres marchés de plus en plus lucratifs : la chair de requin, et surtout, le squalène (huile du foie du requin) à nouveau recherchée par les industries pharmaceutiques et cosmétiques. Jusque là valorisé à partir des prises accessoires, le squalène est désormais la raison pour laquelle les requins sont péchés, notamment dans le bassin Méditerranéen. Fait méconnu, l’Espagne occupe une place centrale dans le négoce d’huile de foie de requin, affichant au minimum une capacité de mise sur le marché de 80 tonnes d’huile par mois et pouvant fournir le quart du marché mondial de squalène.

 

La pêcherie ORPAGU, se livre à des pratiques illégales, et ne peut prétendre à cette labellisation.

Au moins 3 bateaux appartenant à ORPAGU ont déjà été condamnés pour des captures de requins et de thons non-déclarées en entrées et sorties du Canal du Mozambique, intégrant les statistiques européennes de pêche illégale.

En 2015, des photos montrent un palangrier de 30m appartenant à ORPAGU en pleine débarque de requins….Sans leurs ailerons. La photo est prise au port d’Horta aux Açores. Il s’agit là d’une pratique aussi illégale que nocive à l’environnement.

Ces pratiques sont loin d’être des cas isolés. Fred Buyle, apnéiste photographe sous-marin, connu pour son travail auprès des requins, nous a alerté sur de réguliers débarquements de requins sans ailerons à Horta par des bateaux espagnols (dont celui ayant été photographié).

 

Le Siempre Juan Luis de la flotte d'ORPAGU / Horta  Photo prise par un anonyme sur le port de Horta aux Açores. Source : Azores Shark Sanctuary

Le Siempre Juan Luis de la flotte d’ORPAGU en pleine débarque de requins sans leurs ailerons.
Photo prise par un anonyme sur le port de Horta aux Açores.
Source : Azores Shark Sanctuary

Cette labellisation est inacceptable.

Il apparaît clairement, qu’en plus de pratiques illégales, ces flottes ne remplissent pas les critères d’éligibilité au label MSC, à savoir la traçabilité, la viabilité, et la durabilité de la pêcherie. Shark Citizen a d’ores et déjà transmis au Bureau Véritas, chargé de l’évaluation, toute la documentation confirmant cette affirmation.

Pour le consommateur, impossible de savoir si le produit est sain. D’ailleurs, la chair de requin bleu a récemment fait l’objet du retrait précipité de nombreux étals et supermarchés en Italie en raison d’une forte contamination au mercure.

 

 

En quoi cela nous concerne ?

De nombreuses marques alimentaires françaises utilisent des produits labellisés MSC, qui jusque là ne proposait pas de requin. Quelles seraient les conséquences d’une labellisation du requin bleu ? Par ailleurs, plus de 300 marques cosmétiques et pharmaceutiques disponibles en France utilisent du squalène. La traçabilité de l’ensemble de ces produits, rarement issus de la pêche française, se révèle actuellement impossible. À titre d’exemple, il est tout à fait possible en France de consommer des gélules contenant de l’huile de foi de requin baleine, espèce menacée d’extinction et interdite au commerce.
Les marques ayant souvent recours à plusieurs circuits d’approvisionnement, rien ne peut garantir que des gélules d’huile de requin bleu « labellisées MSC » ne soient en réalité des gélules d’huile de requin baleine (Cf le cas de la marque Omojo)… !

 

 

À quand du requin espagnol labellisé, c’est à dire issu de la pêche illégale, intraçable et bourrée de métaux lourds, dans nos assiettes et compléments alimentaires ?

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